Pourquoi certains adolescents viennent à l'acte suicidaire ?
Fille ou garçon, il ne connaît de son mal-être que la souffrance à faire face à des événements de vie douloureux. Il ne sait pas que ceux-ci masquent ou révèlent une crise d'identité qui lui donne le sentiment de ne pas se supporter, de ne pas avoir de place propre, de ne pas être reconnu.
Les causes peuvent être multiples et s'inscrire dans la maladie ou l'histoire de l'adolescent et de sa famille.
Faute de se sentir, exister, cet adolescent-là multiplie les conduites de ruptures (fugues, ivresses, prise de risque...) qui sont autant de signaux d'alarme pouvant précéder la tentation de « l'ultime rature », non pour cesser d'être, mais pour arrêter de souffrir, dis-paraître, exister autrement, quitte à occuper à jamais la mémoire de ceux qui restent.
Comment éviter une telle issue ?
En repérant à temps les signes de souffrance, en en parlant avec lui, en le reconnaissant comme un sujet en détresse et en l'aidant à trouver une place supportable.
Par Xavier Pommereau psychiatre des hôpitaux, chef de service, pôle aquitain de l'adolescent, centre Abadie, CHU de Bordeaux.
La majeure partie des adolescents ne sont pas en mal être. Néanmoins pour certains, l'adolescence est un moment de grande vulnérabilité, période de mutation physique, psychologique et de transgression.
Il ne faut pas confondre les causes profondes du suicide avec les déclencheurs du passage à l'acte. On peut avoir des idées noires et être mal dans sa peau à certaines périodes de sa vie sans arriver au suicide. Souvent un fait précis joue le rôle de déclencheur.
1. Quelles sont les situations à risque ?
- La famille connue pour son rôle nourricier, éducatif, et protecteur peut parfois être source de déstabilisation...
- La communication familiale difficile, dialogue rompu, divorce, séparation, recomposition.
- La solitude, l'isolement, l'incompréhension.
- La rupture amoureuse.
- Les difficultés scolaires.
- Le manque de reconnaissance.
- La violence, le harcèlement, le racket.
- Les abus sexuels.
2. Quels sont les facteurs personnels ?
Les pathologies, les maladies héréditaires, les maladies psychiques.
Les difficultés d'identification sexuelle.
3. Les signes d'alerte :
L'adolescent qui souffre le manifeste souvent par un changement d'attitude ou de comportement :
La répétition de plusieurs signes doit alerter lorsque leur durée et leur intensité augmentent.
- La tristesse, les pleurs.
- L'expression d'idées et d'intention suicidaire.
- Le désintérêt, l'isolement, la négligence de soi et des autres, la fatigue, les troubles du sommeil.
- Les fugues.
- La distribution d'objets personnels.
- L'agressivité contre soi et contre les autres, l'impulsivité.
- Une consommation de tabac, d'alcool, de drogue qui ne se contrôlent plus.
LES FACTEURS DE PROTECTION :
- La famille joue un rôle important, elle maintient le lien.
- Les copains, le groupe : on se comprend, on a les mêmes codes sociaux et les mêmes problématiques.
- Savoir, pouvoir rompre le silence, en parler à une personne de son choix. (amis, parents, adultes de l'entourage, professeur, infirmière, consultation privée ou public, structure d'écoute et d'accueil, associations spécialisées, téléphonie sociale...)
- Ne pas rester seul, dire pour se faire entendre, accepter de se faire aider.
Urgence suicidaire. En cas de crise, n'hésitez pas à appeler votre médecin traitant, le SAMU (15) ou les urgences (112)
